Vincent Prieur Conflits Haute Visibilité, vernissage DISCORDE

Discorde, partie 1 : Les exposants


Inauguré vendredi 3 février l’exposition “Discorde” présente 9 artistes venus de toute la France dans une exposition collective qui explore la diversité des conflits petits ou grands qui parcourent nos vies.

Dans un climat politique tendu, où la frustration d’impuissance et la fureur se colle à vous.
Au delà des conflits sociaux, il y a tous ces tracas personnels qui nous rongent. Ceux liés à notre physique et ceux qui touchent notre âme. On doute, on se déteste, on se contredit en basculant d’incertitude en certitude jusqu’à perdre pied. Ici, vous embarquez dans un voyage composé de subtilités passant de la violence festive à la surveillance en “haute visibilité”.

Exposition avec : Cyrielle Tassin, Guillaume Lo Monaco, Mégan Laurent, Laurent Odelain & Emma Perrochon, Danielle Gutman Hopenblum, Maxime Lemoyne, Vincent Prieur, Stefano Perobelli

Photos du vernissage

Cyrielle Tassin, Cocktail Molotov, exposition DISCORDE au 100 ecs,

Cyrielle Tassin, Cocktail Molotov, exposition DISCORDE au 100 ecs Crédit photo : Priscilla Trabac

Cyrielle Tassin

Cocktail Molotov, 2017

Le cocktail Molotov est le nom donné à une arme incendiaire composée d’une bouteille en verre remplie d’alcool inflammable, dans le goulot de laquelle est placé un tissu qui sera enflammé. Mais le Cocktail Molotov de Cyrielle Tassin n’est pas exactement du même acabit. Il s’agit d’un kit, avec bouteille de champagne neuve, non ouverte, mais sans étiquette et noire comme une bombe, avec un mouchoir en soie, et un bidon d’essence rouge. Ce déplacement dans les matériaux met en tension deux mondes que tout semble opposer : l’insurrection urbaine armée et les célébrations festives et arrosées. De manière très simple et ironique, son « Cocktail Molotov » s’inspire du « cocktail » du bar. Le mouchoir blanc, de la même manière, devient ambivalent, entre le mouchoir blanc de la capitulation, la mèche enflammée de la bombe, ou le tissu délicat d’une jeune fille. En faisant se rejoindre et se confondre ces symboles contraires, Cyrielle Tassin construit ce qu’elle a nommé par un oxymore, ses « Catastrophes douces ». Elle nous pose ainsi la question de savoir comment une catastrophe, une insurrection populaire, une révolte peut être adoucie, ou si finalement, tenter de les rendre plus douces, plus légères, ne serait pas fatalement ironique.

Danielle Gutman Hopenblum Où l’on relate les aventures héroïques d’un groupe de peintres contemporain

Danielle Gutman Hopenblum Où l’on relate les aventures héroïques d’un groupe de peintres contemporain, vernissage de l'exposition DISCORDE au 100ecs Crédit photo : Priscilla Trabac

Danielle Gutman Hopenblum

Où l’on relate les aventures héroïques d’un groupe
de peintres contemporain, depuis 2014

Quelle est la première image que vous évoque une « scène d’action » ? Probablement une scène de combat d’un James Bond telles que celles utilisées par Danielle Gutman Hopenblum dans sa série de peintures. On y trouve des hommes en costume dans des scènes de lutte, de course poursuite, de menace à l’arme. Mais leurs visages ne sont pas peints et se résument à de la couleur rougeoyante, ils pourraient être n’importe qui. Aussi la violence inhérente au sujet se dilue dans ces images un peu « pop ».
Cependant des post-it porteurs d’une phrase sont collés à même l’image, déclarant par exemple : « la place de la peinture dans l’art contemporain était une source constante de conflit entre eux ». Ces messages portent à chaque fois sur les tiraillements d’un artiste « en action » devant son travail, ou des questionnements plus larges portant sur l’art. Ces images, pensées comme des images génériques de conflit, peuvent alors renvoyer à des conflits artistiques, des conflits intellectuels ou encore des conflits personnels. Des conflits dont on ne garderait comme point commun que l’énergie et le choc, et pour lesquels la violence ne constituerait pas une réponse.

Laurent Odelain Roc, exposition DISCORDE au 100ecs

Laurent Odelain Roc, exposition DISCORDE au 100ecs Crédit photo : Priscilla Trabac

Laurent Odelain 

Roc, 2015

Roc est une confrontation. Un outil rencontre un matériau auquel il n’est pas destiné et au contact duquel il devient vulnérable. L’outil, une vieille hache à manche court, est utilisé pour tenter de tailler - fendre, marquer, sculpter, détruire - l’objet-matière, un roc calcaire blanc émergeant du sol dans une parcelle forestière fraîchement et entièrement déboisée. Le corps actif s’acharne et s’épuise, déterminé dans son péril entre deux formes qui s’entrechoquent. Cette action longue, répétitive et insensée, modifie néanmoins par son passage l’aspect du roc qui demeurera inerte, à peine affecté.

Laurent Odelain et Emma Perrochon, Riedgartu, vernissage DISCORDE

Laurent Odelain et Emma Perrochon, Riedgartu, vernissage DISCORDE Crédit photo : Priscilla Trabac

Laurent Odelain & Emma Perrochon

 Riedgartu, 2015 - 2016

Dans la montagne suisse, au lieu-dit Riedgartu, un feu gagne une structure en direction… d’un bloc de neige. La scène, quelque peu incongrue, laisse vite place à l’imaginaire. Dans ce dispositif, la chaleur du feu menace le bloc de neige au‑dessus de lui, pourtant si celui-ci venait à fondre complètement, il éteindrait de ce fait le feu sous lui. Cette confrontation entre les deux éléments ne paraît pas pouvoir trouver de vainqueur, les forces s’annulent l’une et l’autre dans le conflit. La vanité de cette scène lui confère son aspect profondément poétique, qui n’est pas sans rappeler le titre d’un ouvrage de Régis Debray, « La neige brûle ».

Guillaume Lo Monaco, Souvenirs

Guillaume Lo Monaco, Souvenirs

Guillaume Lo Monaco

Souvenirs et Permissions, 2016

Ce que révèle Guillaume Lo Monaco, ce sont des angoisses sourdes dans des situations pourtant anodines, ou dans des objets qu’on ne questionne plus. Souvenirs est une œuvre détournant les médailles de guerres, remplaçant les étoiles métalliques par des photographies de scènes de guerre. La récompense honorifique est par ce traitement rendue dérisoire, peut-elle racheter les horreurs et les traumatismes subis. De quoi est-elle réellement le souvenir ?
Plus frappant encore, Permissions est une œuvre suggérant le repos après un combat (une permission). Les chaises longues de vacances sont soudainement traversées de bandes colorées qui sont celles de médailles de guerre. Pourtant l’œuvre veut évoquer a contrario la menace d’un repos éternel, d’une mort physique ou d’une mort de la société qui n’avancerait plus. Une tension conflictuelle semble traverser chaque objet que nous présente soudain l’artiste.

Megan Laurent, Un dimanche midi

Megan Laurent, Un dimanche midi. Crédit photo : Priscilla Trabac

Megan Laurent

Un dimanche Midi, 2013

Dans les photographies de Megan Laurent, le corps se dessine entre apparition et disparition, comme s’il était trop évanescent pour être fixé. Fragile, il se dédouble, se répond, et s’exprime sur les textes qui accompagnent chaque portrait. Ces pensées humanisent ces corps par les mots : ce n’est plus une ombre seule qui nous est présentée, mais un être qui pense, doute, se souvient. Ces pensées vont et viennent, évoluent, se meuvent et s’inscrivent sur des papiers calques froissés, eux-mêmes fragiles. La fragilité est ici le symptôme du conflit. Car si nous sommes apparemment un dimanche midi, près d’une fenêtre, dans un lieu blanc et calme, à un moment suspendu, les silhouettes construisent des situations de plus de gravité. Un pistolet pointé sur le cœur ou la tempe, une main supportant une tête dans un moment de doute, une pause autour d’une cigarette…
Les autoportraits de l’artiste nous font ressentir le silence de ces situations, et l’agitation psychologique qui se trame cependant.

Vincent Prieur Conflits Haute Visibilité, vernissage de l'exposition DISCORDE au 100ecs

Vincent Prieur, Conflits Haute Visibilité, vernissage de l'exposition DISCORDE au 100ecs Crédit photo : Priscilla Trabac

Vincent Prieur

Conflits Haute Visibilité, 2016

Les soldats portent des tenues de camouflage, l’armée garde secrètes ses opérations, le développement de nouvelles technologies de combat se fait dans la confidentialité la plus totale : Que voyons-nous réellement des conflits mondiaux ? Le renversement que produit l’œuvre de Vincent Prieur amène également à imaginer un futur dans lequel les combats et leurs combattants ne seraient plus dissimulés, mais affirmés, signalisés dans l’espace. Que se passerait-il alors lors de ces conflits ouverts ?
Ces habits des agents de l’armée sont des signes de sécurité et de vigilance. Pourtant, l’industrie de la mode a également récupéré ce motif camouflage, qui est devenu un vêtement tendance pour certains, identitaire pour d’autres. Ainsi l’artiste questionne ce que représentent véritablement ces habits militaires aujourd’hui. Peur, danger imminent, sécurité, mode ou identité, les réponses semblent nombreuses.

Maxime Lemoyne, Série Perception et Idéal, 2014-2015

Maxime Lemoyne, Série Perception et Idéal, 2014-2015 Crédit photo : Priscilla Trabac

Maxime Lemoyne

Série Perception et Idéal, 2014-2015

Perception et Idéal sont deux séries qui se répondent, étant question du regard que l’on pose sur soi, et du regard que l’on porte sur l’autre, engendrant la construction d’un idéal corporel. Les dessins de fragments de corps semblent suivre un regard analytique, ici les fesses, ici la poitrine, ici le ventre, scrutés les uns après les autres. Un conflit s’opère entre l’apparence du corps et l’agitation psychologique des êtres. Les corps, de petits dessins au milieu de l’espace blanc du papier, se révèlent dans leur nudité et suggèrent la difficulté de s’assumer. Les jets d’aérosols colorés semblent parfois venir en aide à ces corps nus en les protégeant du regard, en les habillant. Avec un titre évoquant un “idéal” générique, Maxime Lemoyne arrive ainsi à nous renvoyer à une question fondamentale : dans quelle mesure notre société permet-elle à l’idéal et au beau, subjectifs et personnels, de s’exprimer ?

Stefano Perobelli - People like semtex

Stefano Perobelli - People like semtex

Stefano Perobelli

People like semtex, Love, 2014

Dans une série de travaux appelée People like Semtex, Stefano Perobelli envisage les rapports de l’individu et du groupe, de l’individuel et du collectif. Pour ce faire il a conçu des pièces de puzzle portant chacune la photographie d’une personne, devenant le symbole d’un corps unique, et qui entre en dialogue avec une autre lorsque ces deux pièces s’emboîtent. Dans la série Love, les protagonistes de son puzzle sont sujets à la découverte du sentiment de l’amour. Stefano Perobelli cherche alors à montrer comment ce sentiment peut modifier la dynamique d’un groupe ou d’une personne. Unis, ou rapprochés, les deux corps-pièce de puzzle conservent leur unicité, tout en créant une forme nouvelle, à deux. Mais ceci n’est pas sans rappeler les tensions possibles entre individualité et fusion dans une même entité.

INFORMATIONS PRATIQUES :

Discorde du 3 au 16 février

Le 100ecs (Établissement Culturel Solidaire)
100, rue de Charenton
75012 Paris

HORAIRES

Lundi – vendredi : 9h / 21h
Samedi : 10h / 18h