Guillaume Coadou


Né à Toulouse en 1979.
Vit et travaille entre Paris et Haïti.
giyomkoadou.com

(texte Saskia Ooms)
Né à Toulouse en 1979, Guillaume Coadou vit et travaille entre Paris et Haïti.
La série “ affiches ” consiste en quinze images, dont il a collé 600 affiches dans les rues de la ville de Paris.

Les images nous apparaissent comme familières et nous font penser aux photographies des journaux de la presse écrite. Toutes les photos présentées sont en noir et blanc. Une légende permet de restituer, pour chaque image, le lieu, le personnage ou une autre indication contextuelle : Marie-Césette, Vètyè, <->, Baka, Andrew, Grosny, Rwanda, Rio de J., OMC, Irak, Haïti, Gaza, Exil, Cordoba, Ayiti.
Coadou a repris le schéma des images qui sont connues et reproduites par les médias de masse. Il a demandé aux comédiens d’une troupe de théâtre de Haïti de mettre en scène une sélection des images déroutantes que nous tous avons vues dans la presse quotidienne. La série témoigne de son regard critique des médias et des photographies de reportage.
L’anecdote suivante d’un reportage sur un bidonville de la capitale Port-au-Prince, le quartier où il a vécu, exprime son aversion à l’égard des photographies de reportage les plus cruelles et spectaculaires. Ses amis du quartier lui demandaient pourquoi il avait toujours photographié les scènes les plus moches et les plus horribles ; il s’est posé la question et s’est dit que ce n’était pas à lui de montrer et de juger cet aspect de leur quartier. Par conséquent, il leur a prêté son appareil et ils ont fait des images du bidonville plus joyeuses et peut-être même plus importantes, selon Coadou.

“ Affiches ” recycle donc quinze images précises et existantes, déjà consommées par la culture populaire. La reconnaissance de la composition de la fameuse photographie de Robert Capa, qu’il a transformée et nommée Cordoba nous semble la plus frappante.

La photographie Marie-Césette fait référence à la grand-mère d’Alexandre Dumas. Son grand-père, le marquis Davy de La Pailleterie était un habitant de Saint-Domingue (Haïti). Il a eu un fils d'une noire, une esclave Marie-Césette Dumas, qui est devenue son épouse et qui a régné sur sa propriété jusqu’à 1771. Par ailleurs, la photographie de Coadou reprend une image de Richard Dumas, photographe contemporain de l’Agence Vu. Ce double clin d’œil nous manifeste son aspect rieur et ironique.

Cette façon de manipuler des images archi connues, nous rappelle les dessins de Vik Muniz, qui ont été transformés et dessinés d’après son mémoire, comme par exemple la fameuse photographie « Memory rendering of Saigon ». Même les photomontages de Martha Rosler Bringing the war back home peuvent être mis en relation avec les “ affiches ” de Coadou. Ces images, d’une protestation poignante contre certaines réalités (Rwanda, Gaza, Irak, Haïti, Vietnam), relèvent d’un esprit underground. Le point de départ est documentaire. Pourtant, une fois les photos détachées de leur contexte, cet isolement ne nous révèle pas uniquement comment la signification peut changer, mais aussi comment l’information peut être manipulée. De plus, cela permet de voir comment l'œuvre de Raymond Hains (les différentes couches dans son travail) et celle de Michel Journiac (la performance moqueuse) ont influencé la façon de traiter le monde dans le travail de Coadou.

Deux des quinze images, Exil et <->, ne reprennent pas ce schéma ; Exil est un autoportrait : Coadou s'est volontairement exilé en Haïti, à l’âge de 20 ans après avoir été imprégné des images des violences consécutives au Coup d'état (1993) à la télévision française, et il a donc décidé de s’installer en Haïti.
L’autre image montre un bol (une calebasse), un récipient alimentaire, et comporte une légende symbolique de deux flèches. Ce symbole représente la division de la nourriture (donner et recevoir). Ainsi, cette image critique implicitement la répartition disproportionnée des aliments et des richesses dans le monde. Les affiches de Coadou nous impressionnent par ces grandes et belles images, le contraste du noir et blanc, le message derrière, qui critique de façon moqueuse les reportages de presse, les influences des médias sur notre vision du monde et nous exprime une critique anti-mondialiste sans fausse prétention, une “ photographie politique”.

"Composée de photos en noir et blanc prises en Haïti et à Paris de 2003 à 2004, ELEKSYON rejoint et s’éloigne en même temps de la première série de photographies affichées en 2005 dans les rues de Paris et à laquelle Coadou consacra un ouvrage Guillaume Coadou : affiches. Comme pour sa série « affiches » Guillaume s’attelle à la manipulation des images, à leur détournement, et ceci, par le procédé de la mise en scène. En maniant un schéma d’images très connues du monde artistique ( Robert Capa, Richard Dumas, Sluban Klavdij…) et popularisées par les médias , images réinterprétées par la suite par des comédiens haïtiens, Guillaume protestait contre certaines réalités (les situations au Rwanda, à gaza, en Irak, Haïti, Vietnam). Il nous livrait également son regard critique contre un certain penchant nourri en photojournalisme, à savoir le voyeurisme de la pauvreté.

 La série  ELEKSYON possède un lien certain avec les photographies des journaux de la presse écrite. La mise en scène réalisée par le photographe vise à montrer le ressenti d’hommes vivant quotidiennement dans la réalité haïtienne. Elle renvoie de manière très suggestive à des situations politiques intenables assujettissant tout un peuple. ELEKSYON a la particularité de cultiver l’ambiguïté par son jeu de correspondances poétique et politique. Ce jeu palpable, est celui instauré entre l’image et le texte (ou l’écrit). ELEKSYON, le titre même de la série, écrit en créole sonne comme une énigme à résoudre. Il n’est pas étonnant pour un artiste de brouiller les pistes, cela reste même un devoir auquel Blan Kreyòl s’applique à la perfection. A regarder de plus près les photos, nous sommes en droit de nous demander :  quelles sont leurs histoires ? " Guillaume Coadou

Guillaume Coadou, Série ELEKSYON,

Guillaume Coadou, Série ELEKSYON

 

Guillaume COADOU, série de photos « Eleksyon », Papot'pitch#1, photo de Highwire

Guillaume COADOU, série de photos « Eleksyon », Papot'pitch#1, photo de Highwire

 

Guillaume COADOU, série de photos « Eleksyon », Papot'pitch#1, photo de Highwire

Guillaume COADOU, série de photos « Eleksyon », Papot'pitch#1, photo de Highwire

 

Guillaume COADOU, Papot'pitch#1, photo de  Bastien Simon

Guillaume COADOU, Papot'pitch#1, photo de Bastien Simon


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